C’est tout naturellement que nous abordons le quatrième aṅga,
le quatrième membre du yoga selon les Yoga Sūtra de Patañjali,
le prāṇāyāma.
La posture, nous l’avons vu, doit être fermement établie (stable et aisée) avant la mise en place du prāṇāyāma.
YS. II. 49
« Ceci étant, [la posture étant acquise, l’assise stable], suit le prāṇāyāma, cessation du mouvement de l’entrée et de la sortie du souffle. »
Ce que confirme la strophe du HYP. II. 1
« Et maintenant, lorsque la posture est fermement établie, le yogin, maître de lui-même, prenant une alimentation salutaire et modérée, doit se consacrer au prāṇāyāma selon la voie enseignée par son guru. »
Le prāṇāyāma assure le lien entre
– membres externes (bahir aṅga) : yama, niyama, āsana et
– membres internes (antar aṅga) : pratyāhāra, dhāraṇā, dhyāna, samādhi.
Il est la voie d’accès à la démarche intérieure.
« En réalité c’est le prāṇāyāma lui-même, se développant par un exercice progressif, qui est exprimé par les mots : pratyāhāra, dhāraṇā, dhyāna, samādhi. » stipule Yogacintāmani.
Aussi, pour accéder aux dernières étapes du yoga, le contrôle de la respiration sera l’allié précieux du yogi.
Un lien étroit existe entre mental et respiration, entre mental et prāṇa.
En effet, » lorsque le souffle est agité, l’esprit est agité. Lorsque le souffle est immobile, l’esprit est immobile, le yogin atteint la fixité. C’est pourquoi l’on doit arrêter le souffle. » (HYP. II. 2)
Patañjali sous-entend la même chose lorsqu’il énumère YS. I. 30-31 différents obstacles à la pratique : « souffrance, désespoir, nervosité et respiration sont autant d’obstacles. »
Il y inclut la respiration (inspir-expir) lorsqu’elle reste une simple fonction réflexe, qu’elle n’est pas encore maîtrisée et qu’elle suit les différents états du mental.
Il explique par la suite comment apaiser son mental.
YS. I. 33-34
« On réalise l’apaisement du mental par la pratique de l’amitié […] Ou bien on l’obtient par l’expiration et la rétention du souffle. »
C’est précisément en intervenant sur l’expiration et par les suspensions poumons vides que le yogi parviendra à pacifier son mental.
L’une des caractéristiques du prāṇa est d’obéir au mental. Inversement, pour contrôler son mental, le yogi intervient sur la circulation du prāṇa par le contrôle du souffle. Cela afin d’obtenir une quatrième condition, au-delà de l’inspir/expir, appelée kevala kumbhaka, l’état de non respiration, de suspension spontanée du souffle.
YS. II. 49
« Quand cela a été obtenu (la posture et l’égalité des couples contraires), suit le prāṇāyāma, cessation du mouvement de l’entrée (inspiration) et à la sortie (expiration) du souffle »
YS. II. 51
« Une quatrième (condition) porte au-delà du domaine de l’interne (inspir) et de l’externe (expir). »
YS. II. 52
« En conséquence provient la dissolution de ce qui cache la lumière. »
YS. II. 53
« Et le mental devient apte à la concentration. »

Ce lien mental/prāṇa permet de comprendre la nécessité de rendre le souffle immobile afin de rendre son mental immobile et ainsi apte à la concentration.
Le roi Bhoja dans ses commentaires des Yoga Sūtra de Patañjali, établit la même relation.
« Toutes les fonctions des organes étant précédées par celle de la respiration – une liaison existant toujours entre la respiration et la conscience dans leurs fonctions respectives, la respiration, lorsque toutes les fonctions des organes sont suspendues, réalise la concentration de la conscience sur un seul objet. (M. Eliade, Technique du yoga)
Le but du prāṇāyāma étant d’obtenir une conscience continue qui rend possible la méditation. c’est détruire ce qui cache la lumière.
L’étymologie
Prāṇāyāma, m. discipline du souffle, 4ème étape du rājayoga.
De :
– prāṇa, souffle, respiration, l’un des 5 souffles vitaux, l’énergie cosmique
– yāma : contrôle, rétention
– āyama, m. extension, longueur│entrave ; contrôle, maîtrise
Littéralement, prāṇāyāma est la « maîtrise du prāṇa ».
Le prāṇāyāma c’est la rétention du prāṇa, l’entrave du prāṇa pour le retenir dans la jarre,
le pot (le corps). Mais c’est également une technique d’allongement, d’étirement, d’expansion du prāṇa.
Traduction des Yoga Sūtra : Robert COTTET
Traduction du Hatha Yoga Pradīpikā : Tara Michaël


